Les jeunes années de Johnny appartiennent déjà à la légende. Des années qui finalement, malgrès les précisions et les détails confiés par les témoins de cette époque, restent et resteront probanlement méconnues. Car les faits ne sont pas tout. Derrière eux se cachent les ressorts de nos existences, de nos sentiments, de nos ressentiments, de nos pleins et de nos vides. La prime jeunesse de Johnny est certes composée d'une foule' d'indices convergents qui peuvent faire supposer que dans l'enfant nichait déjà l'artiste exceptionnel qu'il allait devenir. On peut, au regard de ces jeunes années, facilement prévoir que le plongeon précoce de Jean-Philippe dans le monde du spectacle le prédestinait à devenir un homme de scène. Et alors? Une fos que l'on a dit cela, on n'a rien dit! Car le seul qui pourrait expliquer ce qu'étaient réellement ces jeunes années, c'est Johnny lui-même. Et l'extraordinaire, l'incommensurable pudeur qui est la sienne l'empêchera toujours de dévoiler ce que cette enfance lui a apporté, ou peut-être ce qu'elle lui a volé. Aussi faut-il se contenter des faits, rien que des faits. Pour le reste, les réponses se trouvent entre les lignes d'une carrière jalonné de chansons, de concerts, d'attitudes, qui sont autant d'indices de ce que porte Johnny au plus profond de son coeur, de son âme. Peut-être la meilleure biographie de l'artiste est-elle contenue tout entière dans les mots qu'il a chantés: Je suis seul, Noir c'est noir, Que je t'aime, Sang pour sang, Je suis né dans la rue ou encore Fils de personne. Parmi des centaines d'autres chansons, ce sont autant de traces indélibiles d'un parcours unique et qui témoignent d'une vie placée sous le signe d'une incroyable vitalité en même temps que d'une blessure béante. Donc les faits, rien que les faits! Johnny est né le 15 juin 1943 à Paris dans une clinique, la Villa Marie-Louise, 3,cité Malesherbes, d'Huguette Eugénie Clerc, elle-même née à Paris le 19 mars 1920 et d'un père belge, Léon Smet qui a vu le jour le 3 mai 1908. L'immense Serge Reggiani me racontera à la fin des année 90, lors de l'écriture à quatre mains de sa biographie Un enfant de mon âge, l'image qu'il avait gardée, intacte, du père de Johnny : "Nous nous sommes rencontrés dans un cours d'art dramatique. Je me souviens de son regard très clair. C'était un homme très beau avec une belle prestence. J'ai le souvenir qu'il était excellent comédien." Ce jour-là, Serge me confiera également son admiration pour Johnny: "Un artiste, un vrai. Et surtout un homme de scène extraordinaire!" Jugement précieux venant d'un autre très grand interprète disparu, trop tôt, le 23 juillet 2004. Huit mois après la naissance de Jean-Philippe, son père abandonne le foyer conjugal, laissant Huguette Clerc, sa jeune et belle maman de 23 ans, totalement désemparée. La beauté d'Huguette lui permet de décrocher qulques figurations pour le cinéma. Un temps, elle est mannequin remplaçante pour les Grands Magasins du Louvre, avant de défiler pour les couturiers Lanvin, Dior et Rochas. Un père absent, une mère contrainte de gagner sa vie comme modèle et comme mannequin, Jean-Philippe a bien du mal à trouver une place dans l'existence de ses parents, qui décident d'ailleurs de le confier à sa tante paternelle, Hélène Mar. La soeur de Léon Smet va ainsi offrir à ean-Philippe une famille et faire de lui un véritable enfant de laballe, scellant de ce fait le destin du futur Johnny. Car l'histoire de l'artiste de Johnny Hallyday commence véritablement au 13 de la rue de la Tour-des-Dames, tout près du square de la Trinité. Hélène Mar était une ancienne cantatrice et une vedette du muet pendant la Première Guerre. L'éducation de ses filles, Desta et Menen, sera placée sous le signe du spectacle. Et il en ira de même pour Jean-Philippe ainsi que le confirme Desta dans sa biographie L'enfance d'une star parue aux éditions Michel Lafon (2000): "Maman décida que Jean-Philippe serait élevé de la même manière que nous. Initié à tous les arts de la scène...Dans l'esprit de ma mère, nous ne pouvions être, par tradition autant que par nature, que des artistes."Très vite, le jeune Jean-Philippe est entrainé dans une vie de voyages et de tournée au rythme du spectacle proposé dans toute l'Europe par le trio de Desta, Menen et Lee Lemoine Kechman, véritable américain de l'Oklahoma (qui épousera plus tard Desta). jean-Philippe grandit entouré d'amour et se forme à son futur métier. Il se montre même très doué, apprenant sans difficulté le solflège, la guitare, le violon et le chant ainsi que la comédie. Un talent qu'il va pouvoir utiliser sous la direction de Georges Clouzot qui l'engage en 1954 dans Les Diaboliques. A 11 ans, Jean-Philippe côtoient les grands du cinéma, Simone Signoret, Charles Vanel, Paul Meurisse. Sa réplique sera coupée au montage, mais nul doute qu'un comédien est né sur ce tournage...Dans les coulisses des théâtres où se produisent ceux qui sont devenus, sous l'impulsions de Lee, "les Hallidays" (contraction du nom du médecin qui l'a mis au monde, John Halladay et de holidays), Jean-Philippe observe, apprend, retient et rêve au jour où sera son tour de gagner des applaudissements. Sa tante lui réserve de belles surpises, comme ce déjeuner avec Maurice Chevalier qui l'encouragera, ou celui chez le grand Henri Salvador qui lui prodiguera un conseil que Johnny n'oubliera jamais: "Petit, tu soignes ton entrée et ta sortie de scène. Entre les deux, tu chantes!" Ce même Henri Salvador qui aura la dent dure lorsque Johnny fera ses grands débuts à l'Alhambra en première partie de Raymond Devos, sifflant la prestation du jeune homme. Chanter! Un rêve qui deviens réalité le 15 juin 1956. Jea-Philippe étrenne sa treizième années sur les planches de l'Atlantic Palace à Copenhague. sa guitare à la main et dans son habit de cow-boy, il découvre les effets d'un mal inconnu, le trac, qui le cloue sur place, lui donne le vertige et mal au coeur. Seul le souvenir de la devise de sa cousine esta lui permet de franchir les derniers pas qui le séparent de la scène: "Plutôt crever que d'arrêter!" Pour ce baptême de la scène, Jean-Philippe interprète quatre chansons: Le petit cheval blanc de Georges Brassens, L'abeille et le papillon d'Henri Salvador, Les chevaliers du ciel et Davy Crockett. Dans son autobiographie, Destroy (Micel Lafon,1977), Johnny évoque ainsi ce contact avec la scène: "Le public a applaudi. En a redemandé. J'ai terminé par une ballade, dont j'ai oublié le titre. Encore des applaudissements. L'embellie. Je suis déjà accro à la scène". Première prestation et premier cachet offert avec la fierté à tante Hélène qui ne pourra pas retenir des larmes de bonheurs...
1956: le monde de la chanson ne va pas tarder à se réveiller et à remplacer les Dario Moreno, André Claveau, eorges Guétary, Tino Rossi, etc...qui, il faut bien le dire, représente la chanson de papa. Gilbert Bécaud est passé par là et, avec lui, les premiers fauteuils de l'Olympia sont partis en morceaux. Monsieur 100 000 volts, comme on le surnomme, ouvre une nouvelle re. Le coup de grâce viendra des Etats-Unis où un certain Elvis Presley fait exploser les compteurs de la bienséance! Son déhancher affole les filles et les ligues puritaines qui voient en lui un démon. Jean-hilippe va bientôt découvrir le phénomène sur grand écran et ne s'en relèvera pas. Dans Amour Frénétique, Elvis interprète Loving you, Hound dog et surtout Party qui cloue litteralement le jeune homme au fauteuil de la petite salle de ciné de Pigalle. Le choc, qui intervient après celui causé par James Dean, découvert dans la fureur de vivre, achèvera de transformer Jean-Philippe qui devient dès lors, sans même le savoir, Johnny. Touché par la grâce du rick, ses sons, ses attitudes, sa fougue animale. Les années 60 sont déjà en route et Jean-Philippe ne sait pas encore qu'il sera le roi incontesté...